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2019/2020
Les documents vont du plus récent au plus ancien

Matthieu Duthoit en coopération humanitaire au Tchad.
C'est vraiment un grand plaisir de garder un lien avec la paroisse de Culoz. Merci beaucoup pour votre soutien dans la prière.
Cela me donne du courage et de l'entrain dans ma mission.
 J'ai conscience d'avoir beaucoup de chance de pouvoir vivre cette expérience et il me semble donc très important de pouvoir partager ce que je vis à travers mes newsletter mensuelles (je les ai remises en PJ).
Cette chance je la dois aussi à tous les donateurs de la DCC qui lui donnent la possibilité d'envoyer des volontaires sur le terrain et ainsi répondre aux besoins des partenaires locaux. J'invite donc les paroissiens de Culoz qui se sentent rejoins par mon projet, à soutenir financièrement l'action de la DCC. Ceux qui le souhaitent peuvent faire un don à l'adresse ci-dessous. Un grand merci par avance !


 Ce 19 février 2020, voici les nouvelles que nous adresse Matthieu
Laï, le 17 février 2020

Bonjour à chacun et à chacune,

Je viens de calculer et cela fait tout juste 250 jours que j’ai atterri dans ce pays avec des
réalités tellement différentes des nôtres. Cette fois-ci j’ai décidé de vous parler du vaste 
thème de l’Argent car au Tchad c’est encore une autre réalité. Mais avant cela, je souhaitais 
vous faire le point de mon action au sein de l’UCECIT, l’organisme de microcrédit où je
 
travaille. Je vous laisse avec le top 3 des phrases les plus prononcées ici
1 : « C’est compliqué »
J’ai déjà eu l’occasion de vous partager quelques mots sur les enjeux de ma mission ainsi 
que mes premiers pas dans une structure littéralement en crise 1. Aujourd’hui, après huit mois de 
présence à l’UCECIT, je pense qu’il est bon de vous faire l’état de mon volontariat sur le plan 
professionnel. Car oui, si je suis très heureux de cette expérience sur le plan personnel avec 
toutes les découvertes et rencontres que je fais, au niveau du boulot, j’avoue que c’est 
particulièrement difficile pour moi. Peut-être plus que l’habituel « c’est compliqué » des 
Tchadiens. Petit résumé (un peu simplifié) des grandes étapes d’une triste déception :
L’étape 1 c’était la phase de l’observation, patiente mais nécessaire. Pendant ce temps on 
cherche à comprendre ce qu’est une institution de microfinance et à voir comment certaines 
ont su réussir à merveille 2. Et vraiment, je suis convaincu que le microcrédit est un levier de 
développement extrêmement efficace, peut-être l’un des plus pertinents pour répondre au 
problème de la pauvreté ; encore faut-il qu’il soit bien utilisé. Bien sûr, cette certitude est 
pour moi une invitation à tout faire pour maintenir le réseau de l’UCECIT. Je le fais à travers 
quelques propositions que je suggère à Pierre, le directeur : orientation spécifique des 
crédits auprès des femmes et des plus pauvres, mise en place de remboursements 
hebdomadaires, déplacements réguliers du personnel chez les clients. Sa réponse est 
cinglante : ce que fait la Grameen Bank au Bangladesh n’est pas applicable au contexte 
particulier du Tchad. Et puis il y a le fameux plan de redressement demandé par l’assemblée 
générale et que le directeur décide d’élaborer seul, malgré ma demande insistante de 
pouvoir y apporter ma contribution. Pendant toute cette période – disons d’octobre à 
décembre – j’ai eu le sentiment de ne pas être à ma place, d’être bloqué dans toutes mes 
propositions de changement, de ne pas pouvoir faire profiter de mes compétences. Un 
sentiment qui génère du découragement et je dois l’avouer, trop de journées sans rien faire. 
Bref, c’était la triste étape 2 de mon volontariat. Heureusement, je soulève quand même le 
temps fort de ma mission qui a été la visite de la caisse d’épargne et de crédit de Mongo3.
Trois jours d’entretiens qui m’ont permis de voir une autre structure de microcrédit 
comparable et de revenir avec plein de bonnes idées.
Je reprends avec le problème de l’UCECIT. En effet quand on s’aperçoit que manifestement 
rien n’est prêt à bouger, et que la situation semble irrécupérable, la tendance est plutôt à 
rechercher comment faire pour tout arrêter. Mais si c’était si simple, je pense que l’évêque 
l’aurait fait depuis longtemps. Le gros problème, ce sont les dettes ! Le principe du 
microcrédit (et d’une banque en général), est d’utiliser l’épargne des clients pour la 
mobiliser en crédit. La banque se rémunère alors grâce aux intérêts des prêts octroyés. Mais 
quand les clients ne remboursent pas (qui plus est avec une très mauvaise gestion interne et 
quelques abus), c’est là que la machine se grippe. Pour vous donner un chiffre, il y a 
actuellement 310 millions de francs CFA (env. 470000 €), prélevés sur l’épargne des clients, 
et que l’UCECIT ne sera jamais en mesure de rembourser. Cela m’attriste particulièrement. 
Les gens ici galèrent déjà suffisamment, ils n’ont pas besoin qu’on leur vole en plus le peu 
d’argent qu’ils arrivent à économiser.

2 : « Y’a pas d’argent »

Même si manifestement ma mission professionnelle tend vers un échec, il y en a une autre 
qui me donnerait beaucoup de satisfaction si j’arrivais à la mener au bout : partager mes 
découvertes et ma compréhension du Tchad et des Tchadiens à travers des newsletter 
mensuelles. Alors si vous avez encore le courage de me lire, c’est parti pour vous livrer mon 
analyse et quelques anecdotes relatives à la question de l’Argent !
« Y’a pas d’argent ». Cette phrase que j’entends régulièrement dans la bouche de nombreux 
Tchadiens est à mon avis assez représentative de la manière dont certains perçoivent 
l’argent. Voilà une forme tout à fait impersonnelle, comme si le fait d’avoir de l’argent ou 
non ne dépendait pas de soi mais d’éléments extérieurs ; un peu comme la pluie qui tombe.
Au point que certains clients de l’UCECIT confondent la cause et la conséquence. Quand je 
leur demande pourquoi ils n’ont pas encore remboursé leur crédit, la réponse qui vient en 
premier est souvent parce que « y’a pas d’argent ». Drôle de manière de voir les choses je 
trouve. En revanche ce qui est sûr, c’est que « y’a pas de monnaie ». Au marché c’est 
toujours la croix et la bannière pour avoir des « jetons » (pièces de 25F, 50F et 100F), qui 
permettent d’acheter l’alimentation courante, les fruits, les légumes… En effet les salaires 
sont payés avec des billets de 10 000 F. Alors il faut être patient pour que le commerçant 
aille chercher la monnaie auprès de ses confrères (il m’est arrivé d’attendre plus de 30 
minutes une fois). En tout cas c’est sûr qu’au Tchad il faut s’habituer à manipuler les billets 
(plus ou moins sales, déchirés, scotchés, agrafés…)
L’argent en Afrique est aussi très souvent associé à la question de la corruption. Evidemment 
qu’elle est très présente même si pour ma part je n’y ai pas encore été confronté 
personnellement. En revanche il y a quinze jours j’ai eu l’occasion de gérer un problème de 
détournement de fonds à l’école maternelle de la paroisse. C’était à la demande de la soeur 
japonaise Taïra, paniquée d’avoir découvert que la directrice et un enseignant s’étaient 
généreusement servis dans la caisse. Finalement après trois jours de médiation et avec une 
méthodologie dont je suis plutôt assez fier, nous avons pu reconstituer ensemble ce que 
chacun devait rendre comme argent (au total cela représentait tout de même plus de neuf 
mois de salaire). Je tire au moins une leçon de cette histoire. C’est l’impératif de mettre en 
place des procédures de contrôle interne solides et de limiter absolument le cumul des 
fonctions. Sans quoi il aura toujours des abus.

Bon je pourrais m’étaler encore longtemps tellement le sujet est vaste. J’aurais pu détailler 
le principe du crédit téléphonique qu’on utilise comme moyen pour transférer de l’argent, 
dans un pays où les banques ne sont que dans les grandes villes 4. J’aurais aimé aussi vous 
parler des maîtres communautaires 5 reçus trois jours à l’UCECIT en stage de découverte et 
qui ne savaient pas ce que voulait dire le mot « épargne ». Et pourquoi pas vous raconter le 
concours de quête organisé par l’Abbé Bienvenu pour savoir qui des hommes et des femmes 
est le plus généreux ! En tout cas ce qui est sûr, c’est que l’on soit en France ou au Tchad 
l’argent n’aura jamais fini de faire débat.
3 : « On est debout »
C’est la dernière phrase de mon top 3 utilisée très souvent en réponse à la question « ça 
va ? ». Mais on peut aussi opter pour ses dérivés comme les fameux « On est là », « Ça va 
mieux », « On est encore vivant »… Avec l’intonation utilisée, on comprend vite qu’il y a 
quand même un brin de défaitisme dans la voix. Et moi, est ce que j’abandonne tout espoir 
de me rendre utile à la cause de l’UCECIT ? Pas si sûr…
Je voulais vous garder ce rebondissement complètement fou pour la fin. Figurez-vous
que 
vendredi 10 janvier, Pierre nous a annoncé sa démission. Oui, le directeur de l’UCECIT part 
en Côte d’Ivoire pour reprendre un master en management. Sans concertation avec l’évêque 
bien sûr, et surtout, sans préavis ! Du coup, sa chaise est vide depuis le 13 janvier. Deux jours 
plus tard, Mgr Nicolas me reçoit longuement dans son bureau pour analyser cette situation 
de crise dans la crise. En fait, au fur et à mesure de la discussion je me rends compte que 
Pierre avait préparé son « coup » depuis un certain temps déjà. Je comprends alors 
subitement la raison de tous ces blocages. Il paraît évident qu’il a fait traîner les choses 
exprès. Puis on convient ensemble que son départ s’annonce finalement comme une 
opportunité pour faire enfin bouger les choses après huit mois d’immobilisme. À la fin de 
notre entretien, c’est la surprise totale. Nicolas me demande si j’accepte d’être directeur 
intérimaire de l’UCECIT. La situation devient complètement rocambolesque ! 
Bon alors je vous rassure, à l’heure où j’écris je n’ai toujours pas récupéré la nouvelle 
casquette de directeur. La raison vient surtout du fait que mon chargé de mission 6 arrive ce 
vendredi 21 février pour sa visite annuelle et que nous pourrons en discuter, lui, l’évêque et 
moi. En tout cas quoi qu’il arrive, la bonne nouvelle c’est que je suis maintenant 
complètement investi dans mon travail, et très sollicité par Nicolas pour lui donner les 
informations et lui faire part de mes conseils. Alors bien sûr, je ne me fais aucun doute sur la 
situation irrémédiable de l’UCECIT, mais peut-être qu’on arrivera tout de même à limiter un 
peu la casse. Finalement, j’ai l’impression que ma mission peut enfin commencer. La suite 
dans un prochain épisode.

Voilà pour cette très longue lettre. Ici, au moment de se dire au revoir, on se quitte souvent 
avec trois petits mots. En plus d’une longue poignée de mains, ils permettent d’exprimer 
toute notre sollicitude et notre bénédiction pour la personne. Cette fois-ci je laisse tomber 
les guillemets avec des mots que je me suis pleinement appropriés.
On est ensemble,
Matthieu

1 Voir lettres 3 et 5
2 Cas de la Grameen Bank au Bangladesh dont je parle dans la lettre 5

3 Mongo est la ville au nord du Tchad, où j’ai passé les vacances de Noël
4 Pour Laï, il faut faire au moins deux heures de route pour accéder à la banque la plus proche.

5 En raison de la pénurie d’instituteurs diplômés d’Etat, ces personnes sont choisies par la commune pour

donner les cours aux enfants. Mais le niveau est particulièrement bas, certains n’ayant même pas leur bac
6 Bénévole de la DCC qui est le référent pour le sud du Tchad. Il connaît très bien le contexte de ma mission et

nous échangeons régulièrement.


Les découvertes du mois de janvier 2020 

 
le
ttre 9 Cliquer ICI  (le texte à télécharger est celui que vous lisez ci dessus)



Voici ce 17 janvier 2020, les nouvelles que nous adresse Matthieu
Bonjour à tous,
 
Je continue mon reportage habituel sur mon séjour au Tchad.
Ce mois-ci j'aborde la question des religions, sujet central dans les pays africains.
 
Belle est heureuse année 2020 !

Matthieu Duthoit
En mission humanitaire... au Tchad !
(cliquer sur le lien pour en savoir plus et soutenir mon projet -> voir le lien ! ) 
Laï, le 17 janvier 2020 

Chers amis lecteurs,
Samedi 14 décembre 2020 à 12h00, la radio communautaire de la Tandjilé annonçait auprès
de son million d’auditeurs un évènement historique pour le diocèse. Après un an sans
pasteur, le Pape François nommait ce jour Mgr Nicolas Nadji Bab, comme deuxième évêque
de Laï. Une véritable surprise quand on sait qu’au Tchad les délais d’attente pour de telles
nominations sont plutôt de trois à cinq ans. Le mois de décembre c’était aussi la fête Noël, si
chère pour les chrétiens, et que j’ai pu fêter avec mes amis DCC à Mongo, ville du nord
peuplée majoritairement par les musulmans. Le sujet est annoncé, c’est parti pour vous
parler des religions au Tchad.
Laïcité et cohabitation religieuse
La Constitution garantie à chaque citoyen la possibilité de pratiquer librement sa foi sans
aucune forme de pression ou de discrimination. S’il fallait le définir, il faudrait donc dire que
le Tchad est un pays laïc, à majorité musulmane (55%). Les chrétiens qui sont plutôt en
nombre croissant représentent 30% de la population, les autres Tchadiens étant animistes.
Pourtant cette cohabitation est très récente.
Un peu d’Histoire.
L’Islam est présent au Tchad depuis le XIème siècle, mais il concernait une certaine catégorie
de noblesse qui faisait du commerce avec les pays du Nord. En effet à cette époque on ne
voulait pas convertir le peuple ce qui permettait de continuer à avoir des esclaves (un
musulman ne pouvait pas être l’esclave d’un autre musulman). L’Islam dit « conquérant » est
arrivé seulement à la fin du XVIIIème siècle avec la conversion de tout le nord du Tchad.
L’histoire des premiers chrétiens est quant à elle intimement liée à celle de la colonisation.
Du fait de l’enclavement général du pays, le Tchad est l’un des derniers pays d’Afrique à
avoir été colonisé. Les Français, arrivés par le Cameroun prennent possession du territoire
entre 1900 et 1911 et officialisent le Tchad comme étant une colonie en 1920. C’est
d’ailleurs pendant cette année qu’arriveront par le sud les premiers chrétiens protestants.
Puis c’est ensuite avec une mission d’évangélisation fondée le 29 mars 1929 par des prêtres
Spiritains, que naît officiellement de l’Eglise catholique au Tchad.
L’Eglise catholique au Tchad, « la benjamine des Eglises d’Afrique »
L’histoire de l’évangélisation au Tchad est passionnante. D’ailleurs l’Abbé Thomas qui nous
l’a racontée lors de notre formation en octobre a été un super professeur. Cela faisait
vraiment plaisir d’écouter ce jeune prêtre nous expliquer avec passion le commencement de
l’Eglise au Tchad, et les nombreuses anecdotes qui l’accompagnent. On apprend par
exemple que le pays a été partagé au début entre trois différentes congrégations de
missionnaires : les Pères du Sacré Cœur, les Spiritains et les Comboniens. Mais les plans du
Vatican ont dû être quelque peu ajustés en raison de la seconde guerre mondiale : les
Français ayant empêché les Comboniens italiens d’arriver, et les Capucins de Toulouse
installés en Ethiopie (colonie italienne) ayant été accueillis au Tchad après avoir été chassés
de leur lieu de mission. Nous avons aussi suivi le parcours du Père Charles et du Père Joseph,
arrivés tous les deux en 1935 et avons vu comment en trois ans, l’un avait fondé 38
communautés et l’autre n’avait baptisé qu’une seule personne !
Je termine avec deux dates : 1957, l’ordination du premier prêtre Tchadien et 1986, celle du
premier évêque. Finalement ce qui me touche beaucoup dans cette Eglise du Tchad, c’est sa
jeunesse. Et c’est particulièrement sensible lorsque par exemple je discute avec des vieux
missionnaires dont le nom est cité dans les débuts des premiers diocèses. Ou encore lors de
cette fameuse journée du 14 décembre, où nous étions nombreux à avoir attendu à l’entrée
de la ville le retour de Mgr Nicolas qui revenait de la capitale. Je me souviendrai très
longtemps de ce grand cortège improvisé de voitures et de motos qui traversait la ville sous
les regards étonnées des habitants. Qu’il était beau de voir tous ces gens, personnel de
l’évêché et habitants de Laï, exprimer leur joie par les danses, les chants et les « youyou ».
L’histoire de l’Eglise est tellement courte que finalement chaque évènement semble être
quelque chose d’historique. Pour donner un point de comparaison, mes amis Lyonnais
savent (ou pas ^^) que 2020 est une année jubilaire pour le diocèse. On fête saint Irénée,
deuxième évêque de Lyon arrivé en l’an 202. 1800 ans par rapport à 90, ce n’est quand
même pas tout à fait la même chose. Comme dirait l’abbé Parfait, « chez nous l’Evangile n’a
pas encore eu beaucoup de temps pour infuser ». Une parole qui m’invite à reconnaître
l’héritage que nos civilisations européennes ont reçu, et à être un peu moins sévère envers
le peuple tchadien et certaines de leurs pratiques qui peuvent nous choquer parfois…
Chers amis et chère famille je vous dis à la prochaine fois et encore un grand merci pour
votre soutien manifesté sous de nombreuses formes.
A bientôt, Matthieu
 


Les découvertes du mois de décembre 2019   
le
ttre 8 Cliquer ICI (le texte à télécharger est celui que vous lisez ci dessus)

Nous voilà le 13 décembre 2019, et voici les dernières nouvelles de Matthieu:

Je vous propose ce mois-ci de vous parler un peu d'économie et de mes découvertes agricoles. Bonne lecture
Matthieu Duthoit
En mission humanitaire... au Tchad !
(cliquer sur le lien pour en savoir plus et soutenir mon projet -> voir le lien ! ) 

Laï, le 12 décembre 2019
Bonjour à chacun,
Avant de commencer je souhaite vous remercier pour vos nombreux messages. Ils
m’encouragent à continuer de vous rendre compte mensuellement de ce que je vis et
découvre au Tchad. J’essaie de le faire par thème afin d’aller peut-être plus loin dans les
sujets que j’aborde. En ce qui concerne le mois novembre écoulé, je crois qu’il est tout
indiqué pour vous parler (un peu) … d’économie ! Et cela pour au moins deux raisons.
D’abord parce que novembre est le mois où les Tchadiens ont pu faire leurs premières
récoltes. Et aussi parce que le week-end dernier, j’ai pu retrouver les huit autres volontaires
DCC du sud, à Doba, ville stratégique en raison du pétrole qu’on y exploite.
Le Tchad, un pays majoritairement agricole
Sans vous faire un cours d’économie, je vais juste vous partager les quelques données que
j’ai pu récolter et qui nous permettent de comprendre toujours un peu mieux le contexte
tchadien. Cela ne vous surprendra pas, l’économie du Tchad repose majoritairement sur
l’agriculture et l’élevage (50 % des activités au niveau national). Il suffit de se balader un peu
en brousse pour s’en rendre compte.
Dans le secteur industriel (15%), les activités remarquables concernent surtout la
transformation du coton et de la canne à sucre, en particulier dans le sud du pays. Mais les
perspectives de croissance de ces secteurs n’enchantent guère : sur les 22 usines de cotons
qu’a connues le Tchad, il n’en reste plus que cinq. Et pour le sucre, on l’importe dans les pays
voisins car moins cher. En 2002, l’Etat a mis en exploitation un gisement pétrolier situé à
Doba (toujours au sud). Il a alors pu multiplier ses recettes par 8. En 2012 l’extraction de l’or
noir représentait 32 % du PIB. Mais la chute du cours du pétrole fin 2014 et l’épuisement des
gisements n’ont pas aidé à rentabiliser les investissements. Surtout, et c’est tout aussi
problématique, cela a alimenté davantage la méfiance et l’exaspération des populations du
sud vis-à-vis du gouvernement et plus généralement envers les ethnies du nord. En effet, les
retombées économiques du pétrole n’ont pas bénéficié aux sudistes. Sucre, pétrole, coton…
« Le Tchad, a tué le sud » affirme M. Liguirgue, proviseur de lycée et ancien sous-préfet. Une
économie qui peine et une accaparation des ressources par une minorité, c’est la difficile
réalité dont je suis témoin ici. Mais ce qui m’attriste peut-être le plus c’est de voir la
lassitude qu’ont beaucoup Tchadiens vis-à-vis de leur propre pays. Je termine en laissant la
parole à quelques-uns d’entre eux :
« Nous ici on est encore au point préhistorique » (M. Bagam)
« Il n’y a pas une entreprise en bonne santé au Tchad » (M. Liguirgue)
« Ici au Tchad, un dirigeant qui vole bien, il va monter en grade. Il y a des individus qui sont
plus riches que l’Etat ! » (Ab. Christian)
La Tandjilé, « grenier du Tchad »
Habituellement prévue mi-septembre début octobre, la fin de la saison des pluies s’est faite
attendre. D’ailleurs c’était assez étonnant, en me levant ce 1er novembre j’ai vraiment
ressenti que le climat avait changé (1). Fini l’humidité matinale et place à la saison sèche ! Le
retour des premières pluies est attendu pour avril. Alors après plus de trois mois d’arrosage
continu, je vous laisse imaginer la vigueur de la végétation. En tout cas c’est un vrai plaisir
pour les yeux, surtout quand on prend le 4x4 ou la moto pour parcourir les pistes. On
contemple alors les champs de riz à perte de vue. Les épis plus ou moins dorés selon les
parcelles attendent patiemment la moisson. Certains paysans ont d’ailleurs déjà commencé.
Le dos courbé, ils fauchent les tiges pas à pas, mais en raison de cette année exceptionnelle,
ils le font les pieds dans l’eau ! Un peu plus loin, nous voyons les plantations de sésame, de
mil (rouge ou blanc), de haricots… Cette année sera bonne, et la province de Laï pourra de
nouveau être fière d’être surnommée « le grenier du Tchad ».
C’est drôle mais le fait d’habiter dans une région qui vit entièrement d’agriculture et
d’élevage, me fait découvrir beaucoup de choses élémentaires que j’ignorais complètement
(j’en suis presque honteux parfois ^^). Le riz tout d’abord. Quel travail avant qu’il n’arrive
dans une assiette ! Je vous ai déjà parlé de la boule et de la préparation qu’elle demande.
Mais avant d’avoir un grain de riz « comestible », il faut d’abord lui retirer son écorce
solidement accrochée avec le pilon ou le moulin selon le cas. Puis les femmes vannent avec
une dextérité remarquable et enlèvent ensuite les impuretés à l’aide d’un plat en osier.
Cette dernière étape est cruciale et je peux vous assurer qu’on a l’air bête quand on achète
un kilo de riz avec des mini cailloux dedans
Une autre grande découverte était celle du coton. En fait je n’avais jamais vraiment réfléchi
à la manière dont c’était cultivé et produit. Bon, je savais quand même que c’était un végétal
mais c’était à peu près tout. Du coup, au risque de vous faire rire, qu’elle n’était pas mon
émerveillement de voir que le coton qu’on utilise régulièrement n’était ni plus ni moins que
les pétales d’une fleur. D’ailleurs la blancheur des champs de coton de la région de Doba me
laissent un souvenir magique. Je crois que cela m’a procuré la même sensation qu’un
Africain qui verrait la neige pour la première fois !
Merci pour toutes ces découvertes
Il y a de nombreuses autres découvertes que j’ai pu faire durant ces six mois passés au
Tchad. Elles sont d’ordre pratique comme par exemple croquer dans une tige de canne à
sucre, savourer divers fruits exotiques (papayes, goyaves et autre)... ou bien d’ordre culturel
à travers les rencontres et le partage des us et coutumes des Tchadiens… Enfin, les joies et
les difficultés que je vis me font faire des découvertes d’ordre un peu plus spirituel, sur Dieu,
sur le monde, et sur moi en particulier. Pour toutes ces découvertes je veux dire merci. En
tant que croyant je remercie le Seigneur bien sûr, mais aussi tous ceux qui m’ont
accompagné dans ce projet et continuent à le faire par la prière et les mots. Je veux
également remercier la DCC, et à travers elle tous ses généreux donateurs qui me
permettent de vivre ce volontariat. En fait, les dons qu’elle reçoit aujourd’hui permettra
demain à un jeune, un couple, un retraité… de partir pour une aventure qui marquera
profondément sa vie et sera un signe de fraternité entre les peuples. C’est pourquoi je
m’associe à la DCC pour vous proposer de participer financièrement à son action. Vous
pouvez pour cela utiliser ma page de collecte (2).(dont le lien est également dans ma signature
de mail) ou bien directement sur le site laddc.org. Vous êtes déjà plusieurs à avoir réalisé un
don par ce biais et je vous en remercie chaleureusement.
En cette période de Noël, il me reste à vous souhaiter la joie et la paix dans vos coeurs et
dans chacune de vos familles. Que cette fête que nous préparons soit l’occasion de faire
grandir la fraternité, chacun à notre mesure, là où il est : en France ou au Tchad, sous les
flocons de neige… ou de coton.
Avec mon amitié
Matthieu
(1) Il y a une raison scientifique à cela (anticyclone, 8° parallèle …) mais j’avoue ne pas avoir tout compris aux
explications qui m’ont été données
(2)Adresse complète : https://www.helloasso.com/associations/ladcc/collectes/matthieu-responsable-ducontrole-
financier-au-tchad

Les découvertes du mois de novembre 2019   
le
ttre 7 Cliquer ICI  (le texte à télécharger est celui que vous lisez ci dessus)

Le 12 novembre 2019, nous recevons des nouvelles de Matthieu
:

Chers amis et chère famille,

Alors que je rassemble mes idées pour la rédaction de cette nouvelle lettre, une question me
taraude. Comment vais-je réussir à vous partager toutes les découvertes culturelles de ce
mois d’octobre absolument incroyables? Ami lecteur tiens-toi prêt, ça va décoiffer !....

 Les découvertes culturelles du mois d'octobre 2019   
le
ttre 6 Cliquer ICI



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Bonjour à tous,
Après un mois de septembre bien chargé, c’est le moment de vous raconter la suite de mon
aventure au Tchad. Le temps passe vite et ce rendez-vous mensuel est une belle manière
pour moi de relire les points marquants de ce volontariat. J’ai choisi de m’attarder sur deux
en particulier : mes travaux à l’UCECIT et les découvertes culturelles de ce mois.....
Nous sommes en communion de prière pendant ce mois missionnaire !
A bientôt,
Matthieu Duthoit

Mes travaux dans la structure de micro-crédit, découverte du mois 15 septembre 2019
lettre 5 Cliquer ICI


Pour télécharger cette photo Cliquer ICI

Changer de référentiel 1er septembre 2019 
lettre 4 Cliquer ICI

La micro-finance, un levier de développement 5 août 2019 
lettre 3 Cliquer ICI

L'immersion au Tchad 30 juin 2019
lettre2 Cliquer ICI

Présentation et départ 9 juin 2019
lettre1 Cliquer ICI

Et voici ce qu'il nous dit:    Aéroport de Casablanca, le 9 juin 2019
A vous tous....A chacun et chacune, salutations !
Et voilà, pour moi c’est le grand jour du départ. Mon projet de volontariat d’un an pour le Tchad commence aujourd’hui. Aussi je profite de cette escale... pour inaugurer le récit de cette expérience incroyable que je m’apprête à vivre.
Vraiment, c’est l’aventure ! 
Voilà un peu plus de trois semaines que j’ai quitté mon cabinet comptable à Lyon. Accepter de lâcher prise et d’avancer vers l’inconnu. Elle est pour moi une invitation à me mettre en mouvement pour aller vers l’autre, vers soi et vers Dieu. Peut-être aussi est-ce un écho à ce que disait Baden Powell et que l’on répétait souvent aux scouts : « Le bonheur ne vient pas à ceux qui l’attendent assis »
Je ne pars pas tout seul
En fait voilà une autre chose que j’ai découvert pendant ces trois semaines de préparation.
C’est cette conviction que je ne pars pas tout seul... Je vois que ce projet interpelle et peut-être qu’il en intéressera certains.  Alors merci à chacun, d’avoir donné encore plus de sens à mon action. 
Alors rassurez-vous, à Laï...je serai avec quelques prêtres de l’évêché et un couple de Français avec leur petit garçon.... Et aussi les 500 autres volontaires DCC actuellement disséminés de par le monde ce qui me donne une force et une joie incroyable.
« Nous les entendons parler dans nos langues les merveilles de Dieu »
Je me permettrai de conclure par une dernière parole de la Bible.... une phrase qui illustre magnifiquement ma démarche et mon voeu pour cette année.
Découvrir une autre culture, échanger et partager pour faire un pont vivant entre les hommes. Cela pour mieux nous comprendre les uns les autres et continuer à construire la paix dont notre monde a tant besoin.....
A la prochaine,
Matthieu


2015

Les 105 ans de Maria, une enfant du pays.


Le 15 septembre 1910, un jeudi à 10h, naît à Sammissieu (hameau de 
Ceyzérieu) une petite fille Maria, dans le foyer d'Ernest et Philomène Franchet. Le couple s'installe à Béon, le papa y étant fruitier.
Puis arrive la guerre de 1914-1918 et Ernest doit partir sur le front. La petite Maria et sa maman rejoignent leur famille à Sammissieu en 1914.
Maria est une petite fille heureuse auprès de son grand-père Marin, qui lui fait découvrir la foi, et de son institutrice madame Bonnard qui a une grande influence sur elle.
Ernest revient enfin de la guerre en 1918, et l'année suivante une petite soeur, Claudia, arrive au foyer…. ( Claudia épousera Claudius Passin : ils auront trois enfants et vont constituer une famille archiconnue en raison de leur activité sédentarisée à Sammissieu).
Maria est une enfant brillante, intelligente et son institutrice essaie de convaincre sa mère de lui faire poursuivre ses études. Elle souhaiterait quant à elle, devenir religieuse mais sa mère en décide tout autrement !
Finalement Maria épouse, le jour de ses 18 ans, Marius Cathelin : ils s'installent à Virieu-le-Grand.
Maria est engagée comme receveuse à la Régie des Tramways de l'Ain tandis que Marius travaille à la Compagnie des chemins de fer du PLM (Paris-Lyon-Méditarranée).
Un tragique accident de travail en gare de Virieu le Grand le 12 juillet 1934; la voici veuve a 24 ans avec un petit garçon: Raymond...
Puis Maria quitte Virieu-le-Grand pour Chambéry, où elle est nommée journalière de bureau en gare PLM et titularisée grâce à la loi de Léon Blum !
Au bout de quelques années, elle croise souvent sur sa route un monsieur qui la salue. Un jour il lui demande :
– Pourquoi une jeune femme comme vous est-elle toujours vêtue de noir ?
– Je suis veuve avec un petit garçon.
– Et moi, madame, je suis veuf avec trois enfants .
Au fil des rencontres, ils font plus ample connaissance et enfin monsieur Roulet demande Maria en mariage. Elle accepte et voici une famille recomposée avec le petit Raymond heureux de se retrouver avec des frères et soeurs .
Les années passent avec leurs bonheurs et leurs difficultés et les enfants s'envolent.
Le 14 avril 1963, monsieur Roulet décède, entouré de de son épouse et de tous ses enfants.
Maria est veuve pour la seconde fois, elle n'a que 53 ans !
Deux jours après le décès de son mari, elle s'engage auprès des Anciens Combattants à la Terrasse en Isère. Puis de retour à Chambéry, elle reste 18 ans à la Maison Saint-Benoît, (comme religieuse  tertiaire). Enfin, elle rejoint la maison de retraite de Belley où elle séjourne depuis vingt ans !
Maria s'est bien adaptée à la maison de retraite de Belley , elle y a trouvé ses repères. Elle n'est jamais seule : le Christ l'accompagne tout au long de ses journées ponctuées par la prière et les souvenirs qu'elle évoque grâce à sa mémoire, prodigieuse malgré son âge.
Ses amis de l'aumônerie la visite régulièrement et chaque lundi, elle partage avec eux l'eucharistie. Elle a souhaité en 2014, recevoir le sacrement des malades.
C'est une vie bien remplie, guidée par la foi qui l'a aidée à surmonter toutes les épreuves de la vie . Merci Maria pour ton amour, ta confiance, et ce que tu apportes.
Tu nous dis souvent : « Dieu me retient sur terre pour faire mon purgatoire »...
Nous ne le pensons pas Maria et nous t'embrassons tous très affectueusement...
Michèle Chaboissier, aumônerie de Belley, sept 2015.

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